Riposte : le temps est venu

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J’avais bien pris conscience que nos revendications et manifestations plaisaient à tout le monde. Surtout au prorata de l’idée qu’ils avaient perfidement que jamais nous ne l’obtiendrions. L’annonce de son vote, au mois d’avril, n’a pas fait de vagues. Mais aussitôt après l’entrée en vigueur de la baisse de la TVA, de surcroît accompagnée d’un plan d’avenir mal expliqué, l’hallali a été sonné ! Il faut dire que la crise avait atteint cet été son paroxysme et que toutes les professions avaient besoin d’un coup de pouce. Sauf que nous n’avions pas demandé une obole, mais le retour à l’équité fiscale. Cette mesure n’est nullement un cadeau, car je puis certifier que dans ma région, six établissements sur dix étaient dans le rouge à la banque, et vont le rester quelques temps encore. Ils sont désabusés, incapable d’investir, de bien payer leur personnel et sont dans l’angoisse de l’avenir. C’est rarement ceux-là que l’on met en avant, – pourtant il suffirait d’enquêter auprès des organismes collecteurs de leurs charges sociales pour savoir à quel point la situation est difficile. Le secteur de la restauration est le numéro un des faillites. Les établissements ne fonctionnent bien qu’avec un don de soi considérable et il est insupportable à ces dirigeants responsables de se voir traiter de profiteurs. L’opinion « intelligente » se fait à Paris et ne parle que de ce qu’elle connaît : «  ce sont les gros des centres-villes et ceux du bord de mer », ou elle va en villégiature. Elle oublie juste de préciser que les saisonniers ont quatre/cinq  mois durant lesquels ils travaillent 80 heures par semaine pour pouvoir assurer leur survie en hiver et être au rendez vous l’année suivante.

J’ai entendu, en vrac : « on donne aux restaurateurs l’argent qui aurait pu payer les fonctionnaires non renouvelés », « qui aurait pu payer les retraites », « les chercheurs », « le ferroutage », « la santé publique », et j’en oublie Si on joue à ce jeu-là, on va morceler la société des gens qui travaillent et les dresser les uns contre les autres, pour le plus grand bénéfice des vrais profiteurs de ce système devenu fou.

Je puis aussi utiliser la rhétorique suivante. Combien a été donné à l’industrie automobile alors qu’elle continue à licencier ? Combien aux banques ? Combien a coûté le bouclier fiscal ? Avons-nous des méthodes de management qui poussent nos salariés au suicide ? Combien la réforme de la taxe professionnelle va t’elle faire gagner, ne serait-ce qu’aux grands groupes de la distribution ? N’y a t’il pas des mesures plus scandaleuses prises par ce gouvernement, – que je ne soutiens d’ailleurs pas ?

Cet été dans les médias, Christine Pujol, présidente de l’UMIH, s’est présentée comme on va à Canossa ! « C’est vrai, on a pas été encore dans les clous, mais on vous le jure, on va s’y mettre…» Le pire a été atteint face à David Pujadas, nettement plus arrogant face à une femme encore peu habituée aux caméras, que quant il va faire ses interviews à l’Elysée. Il faudrait changer de tactique. Affirmer haut et fort que si tous les restaurateurs n’ont pas baissé les prix, c’est que la baisse de la TVA n’a pas été faite pour ça. En fait, c’est un leurre imposé par ce gouvernement à l’intention de l’opinion publique, et que nous n’aurions jamais dû accepter. La concurrence aidant, pour la plupart les prix avaient déjà baissé depuis des années, se mettant à l’équilibre, parfois hasardeux, entre la rentabilité des entreprises et ce que peut payer le client.

Par contre, il faut terminer au plus vite les négociations sociales, avec des avancées, et réussir le volet « emploi et investissement » du plan d’avenir. La volonté d’embaucher et d’investir est présente partout, et nous saurons jouer notre rôle de développeurs économiques des territoires. Il faut faire savoir aux jeunes que l’ascenseur social fonctionne toujours bien dans la restauration. La cour des comptes affirme que nous ne créerons que 6000 emplois, alors que malgré la crise, et avant la baisse de la TVA, nous n’avons jamais cessé d’accroître le nombre de nos salariés. Que l’on nous démontre ces calculs ! Inquiets du fossé qui s’élargit entre les français et le gouvernement, quelques députés de la majorité ont pensé comme suit. Taper sur les restaurateurs, en les désignant comme bouc émissaire de toutes les turpitudes commises contre les petites gens, pourrait être payant. Qu’ils fassent attention ! Comme l’a bien souligné André Daguin en colère dans une interview à l’hôtellerie, «  la restauration n’est pas fâchée avec son public ».  

Le temps de la riposte est venu…

 

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À propos de archestratos

le blog d'un aubergiste, c'est à dire hôtelier, restaurateur et cuisinier de la france profonde. Syndicaliste, humaniste, democrate
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