Chronique d’un fiasco

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C’est peut être un défaut : j’ai une propension à croire les hommes bons. Il faut pourtant se résoudre à constater parfois le contraire. De tout temps les philosophes ont réfléchi à la question : Socrate leurs trouvait des excuses ; selon lui, ils seraient mauvais, mais indépendamment de leur volonté, Rousseau mettait en cause la société, Freud y voyait l’instinct de mort. Je ne saurais trancher, mais il me semble que mon optimisme naïf est préférable au « tous pourris » que j’entends souvent. Expression qui s’applique surtout aux gens de pouvoir et qui ces derniers temps, malheureusement, s’emploie pour expliquer la tragi-comédie qui se joue à la tête de l’UMIH.

Si vous me lisez parfois, vous l’avez compris, j’ai choisi mon camp, sans manichéisme. J’ai cru que le bon sens, au bénéfice de l’intérêt général, allait prévaloir, « Retour au calme rue d’Anjou » me suis-je risqué à titrer il y a quelques jours. Cela m’a valu quelques railleries, et il faut savoir le  reconnaître, je m’étais trompé.

Madame Pujol s’accroche au poste de présidente avec un tel acharnement que cela reste pour moi un mystère, – d’autant plus que cela se fait au grave préjudice de la maison qu’elle prétend défendre. En démocratie, le fait d’avoir été élu ne donne pas tous les droits ; au delà des règles et des statuts, il y a l’éthique. Le devoir d’un chef élu avec le soutien d’une équipe est de maintenir la cohésion tout en faisant valoir son point de vue. Quand des incompréhensions se sont manifestées entre les membres du Directoire, il y avait la possibilité de mettre les choses à plat et de s’expliquer, plutôt que de se retrancher dans une posture autocrate et méprisante. Les statuts sont peut-être imparfaits, mais la présidence confédérale n’est pas la seule à avoir une légitimité démocratique, c’est aussi le cas des présidents de branche. Une fois la crise constatée, la possibilité pour en sortir était de convoquer une assemblée générale extraordinaire, comme cela avait été demandé. Par ce biais la présidente aurait pu écouter la centaine de délégués qui auraient fait remonter le mécontentement de la base (principalement sur la très mauvaise communication au sujet de la TVA). à ce moment là, l’état d’esprit de ce parlement du syndicat n’en était pas à la révocation, mais plutôt à un recadrage. Aller au congrès sans avoir crevé l’abcès, et penser s’y faire acclamer était une absurdité qui ne pouvait que mener au clash. Ajouter à cela l’amateurisme des opposants et ça a été la pagaille ! Il est bien entendu que l’assemblée générale extraordinaire de Nantes ‘destituante’ n’était pas juridiquement valable, mais que pouvait espérer Madame Pujol en la contestant ? Elle s’est isolée toujours plus, incapable de voir qu’une très large majorité s’était exprimée contre elle. La sortie digne aurait été de se représenter aux élections du quinze mars, rien ne s’y opposait. Dans le tour de France habituel relayé par la presse professionnelle, elle aurait pu expliquer longuement sa version des faits, et ne rien cacher des menaces qui selon elle, menaçaient l’UMIH si ses adversaires devaient s’en emparer. Elle a choisi une voie procédurière, inaudible, irrecevable, refusant de voir que les 90 % de votant du quinze mars étaient un nouveau désaveu à son égard. Indigne fut le spectacle des dix jours d’enfermement dans le bureau avec la comédie du panier par la fenêtre…

J’ai parfois pensé qu’elle n’avait peut-être pas tous les torts. Notamment lorsqu’elle met en cause les hommes sous influences des groupes. Mais il y a quelque chose d’impardonnable : c’est son comportement depuis que, redevenue Présidente par la versatilité de la Justice, elle pratique la politique de la terre brûlée au lieu de l’apaisement… En quelques jours, on assiste aux retraits des mandats de représentation pour les élus de l’UMIH et à la mise à pieds de deux directeurs de service.

La majorité du personnel qui avait pris le risque de la défier dès le congrès de Nantes,  a décidé de se mettre en grève indiquant « qu’ils refusaient d’être soumis à des pressions morales et physiques » C’est avec une mauvaise foi absolue qu’elle déclare dans un communiqué sa satisfaction de voir que « certains salariés de l’UMIH choisissent enfin de dénoncer publiquement les pressions  auxquels ils sont soumis ». Depuis trois mois, le syndicat était au travail ; et c’est curieusement au moment ou elle reprend les choses en mains que la grève éclate ! Les prochains jours révéleront la vérité.

Madame Pujol ne communique pas en direction de la base ou des cadres, alors qu’elle a le fichier en main. Peut-être n’a t’elle rien à dire, ou seuls l’intéressent les médias nationaux, mais Maxime Delabonnesoupe le fait si bien à sa place. Une plume alerte, un français correct et aucune faute d’orthographe peuvent faire penser à un professionnel de l’écriture, – comme par exemple le rédacteur en chef du magazine bien connu des adhérents à l’UMIH… Depuis la candidature de Madame Pujol au poste de présidente confédérale, il a jeté aux orties, pour des raisons qui le concernent et qui me sont obscures, toutes velléités d’objectivité. Sa prose devient maintenant haineuse. Le procédé  est indigne.

Par cette situation grotesque, et sous les yeux de la France entière qui suit cela comme un feuilleton, le préjudice fait à nos métiers est énorme. Il faut sortir de cette situation au plus vite afin de se remettre au travail, car nous sommes attaqués de toute part.
Que cherche donc la Présidente isolée dans ses bureaux de la rue d’Anjou ? Pas de l’argent : à l’âge de la retraite, elle est propriétaire de trois beaux établissements. Après une vie de combats politiques et syndicaux, il serait insultant de penser qu’elle voudrait obtenir des dédommagements pécuniaires sur le dos des 80 000 adhérents de l’UMIH. Atavisme de l’orgueil jusquauboutiste des cathares morts sur le bûcher de Montségur ?  Ou réaction revancharde de femme blessée ? Égocentrisme jubilant de se trouver le plus longtemps possible sous les projecteurs de l’actualité ?

Je ne peux pas répondre à ces questions. Mais comme tous les cafetiers, hôteliers et restaurateurs de ce pays qui ne sont pas encore découragés, je voudrais que cela s’arrête au plus vite !

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À propos de archestratos

le blog d'un aubergiste, c'est à dire hôtelier, restaurateur et cuisinier de la france profonde. Syndicaliste, humaniste, democrate
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2 réponses à Chronique d’un fiasco

  1. archestratos dit :

    Complement de derniere minute:

    Dans un communiqué publié ce 30 mars les salariés grévistes de l’UMIH affirment qu’ils suspendront leur mouvement et reprendront leur travail sous reserve des conditions suivantes: – que les locaux de l’organisation soient securisés (présence des elus et absence de pressions et de menaces de la part de Madame Pujol et de son entourage.
    – Que leur travail soit placé imperativement sous l’autorité de la nouvelle présidence confédérale Messieurs Héguy et Becam et des 5 presidents de branche et des structures associés.
    Contrairement a ce qu’affirme Madame Pujol (absente ce jour dans les locaux de la rue d’Anjou) la majorité des salariés n’étaient pas en congé mais en gréve. Dés Jeudi 1er avril 2010 à 9 h sous respect des conditions ci dessus, l’ensemble des services seront à la disposition des adhérents et des departements.

    communiqué signé par 22 noms sur les 27 salariés de l’UMIH

    Clair non?

  2. Encore une fois, si les présidents départementaux n’ont pas apprécié la capacité de madame Pujol à défendre l’image de la restauration suite à la baisse de la TVA, la dernière tentative pour défendre l’indéfendable par Henri Ronde président général de l’UMIH 66 me fait franchement marrer pour la suite. La reprise en main de la communication par la future direction risque fort d’être très boisée et pas forcément meilleure que celle de madame Pujol.

    Extrait de l’interview de monsieur Henri Ronde en date du 31 mars 2010 sur lindependant.com

    L’indépendant: « Un mot sur la baisse de la TVA. A-t-elle vraiment été appliquée ?

    Henri Ronde: « Oui, bien sûr que tous les restaurateurs du département ont appliqué la baisse de la TVA ; les clients s’en rendent compte.
    Malgré la grogne du gouvernement et l’influence des médias, nous avons appliqué la TVA à 5,5 % pour laquelle, à l’UMIH, nous nous sommes battus. »

    http://www.lindependant.com/articles/2010-03-31/restauration-et-hotellerie-la-saison-selon-henri-ronde-155434.php

    Cher Aubergiste, ne voulez-vous pas mettre un peu de lumière sur le fond du problème que cache cette gueguerre?
    De mon coté, vous pouvez me faire confiance pour mettre mon grain de sel dans ce dossier et faire en sorte que les adhérents de l’UMIH et les autres restaurateurs indépendants comprennent les vrais enjeux de la prise de contrôle de la plus grosse organisation patronale du secteur.
    Bien à vous
    Xavier Denamur
    Membre actif de http://www.vegr.fr

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