Que va devenir le rapport Marcon ?

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Le rapport de Régis Marcon sur l’apprentissage dans la restauration est un petit pavé de 80 pages qui ne manque pas d’intérêt. Il serait vraiment dommage de le voir finir, comme tant d’autres, au fond du cimetière abyssal des rapports commandés par le gouvernement.   

Le flux annuel d’apprentis sortants est actuellement de quinze mille jeunes. à mon avis, augmenter le nombre de contrats de vingt mille, d’ici trois ans, est un objectif totalement irréalisable. Pourquoi ? Parce que les structures, qui tournent souvent à plein, ne le permettent pas ; d’autre part, les entreprises aptes à former ne sont pas augmentables à ce point. Il est bien entendu que le rapport ne l’exprime pas, mais il insiste sur cette recommandation : pour faire plus, il faut faire mieux. En faisant toujours et partout la promotion de la qualité, il fait œuvre utile. Surtout quand la tentation de la facilité, à savoir coller à la feuille de route de Monsieur Novelli, aurait été de lever les rares barrières existantes au développement quantitatif. Si quelques-unes des préconisations de Régis Marcon étaient appliquées, le taux de rupture de contrats baisserait considérablement et le taux de persévérance des jeunes dans le métier augmenterait d’autant. Cela serait déjà un franc succès !

Pour vous mettre en appétit, je ne résiste pas à l’envie de transcrire le « tacle », tout en finesse mais meurtrier, fait au Bac pro en trois ans : « Il y a fort à parier, qu’en l’absence de certifications intermédiaires, la réforme du Bac pro en trois ans, appliquée au secteur de la restauration, risque fortement de développer les sorties sans qualifications, en raison du profil initial des jeunes concernés qui sont nombreux à ne pas avoir les acquis du socle de connaissances en fin de collège ».  Pour moi cette seule phrase, témoignage d’indépendance, légitime l’ensemble du travail. Un intéressant état des lieux de la formation dans notre secteur est réalisé sur une trentaine de page ; on peut malheureusement y constater que l’apprentissage est bien le parent pauvre de la statistique.

Cependant la consultation effectuée par le rapporteur a ratissé très large et le taux de retour des questionnaires d’enquête fut assez exceptionnel. Ce qui prouve l’implication souvent passionnelle des acteurs de l’apprentissage – qu’ils soient formateurs en CFA ou en entreprise. Régis Marcon insiste sur le fait que la réussite découle plus de cette implication, particulièrement au niveau des entreprises, que de nouvelles mesures que pourraient prendre l’état. Il a partiellement raison, et à chaque chapitre sont développées des expériences locales.

L’axe premier est le renforcement de l’orientation. Où l’on fait toujours le même constat : la difficulté de faire passer le message à l’éducation Nationale qui choisit d’orienter encore trop par la négative. Des pistes intéressantes exprimant une très bonne idée avant de signer ou non le contrat : des stages, d’une quinzaine de jours, de pré-découverte de l’Apprentissage.

L’axe second est l’amélioration de la formation en entreprise avec un engagement de qualité. Plusieurs régions en font déjà signer aux employeurs. La commission Marcon se propose de le nationaliser. En revanche, on ne nous parle pas de contrôle ; le risque, comme c’est le cas dans les régions, est que cela reste une simple formalité. Beaucoup plus indispensable, la formation obligatoire des tuteurs en entreprise, et même à terme, celle des maîtres d’apprentissage. Autre proposition de nature à enrichir la formation : permettre au jeune de suivre sa formation dans plusieurs entreprises, à partir d’un seul et même contrat.

L’axe troisième concerne la formation au CFA ou le rapport prône un suivi individualisé du parcours de l’élève. Ici le texte est cocasse, car il commence par affirmer que, sans cela, il n’y aura pas de développement véritable des formations en alternance. De suite après, en considérant que c’est un objectif ambitieux, il donne l’argumentation qui pourra le faire passer à la trappe ! à savoir, « Il s’agit ici d’un objectif de long terme tant les freins à l’établissement de tels parcours sont nombreux, qu’ils portent sur l’insuffisance des moyens financiers et des capacités d’encadrement… »

Trois autres préconisations paraissent utiles :

 – la mobilité européenne des apprentis,

– créer les conditions pour que des professionnels en activité puissent venir enseigner ponctuellement en CFA,

– et ce qui risque de faire parler le plus : permettre aux formateurs permanents des CFA de faire régulièrement des stages en entreprise.

L’axe quatrième sur l’accompagnement est un florilège de bonne pratiques que je soutiens à peu près toutes ; notamment la médiation, le salaire et le transport. Beaucoup ont déjà été mises en œuvre localement, mais de façon disparate.

L’axe cinquième concerne la communication : elle deviendra plus facile si les objectifs précédemment développés sont atteint.

Le dernier chapitre exprime longuement la nécessité de la création d’une instance partenariale,  l’instance partenariale de pilotage des formations en apprentissage dans le secteur de la restauration. Cela serait un organisme paritaire semblable à celui qui gère la formation continue de notre secteur, j’ai nommé le FAFIH. Le rapport est convaincant dans ses arguments, parce que cet organisme posséderait des bureaux au niveau local. Bureaux qui auraient pour objet de décliner les axes de développement partagés au plan national.

Ces bureaux pourraient localement se charger de nombre de tâches ciblées par le rapport Marcon, tâches qui sont actuellement mises en œuvre de façon disparate soit par les CFA, soit par les syndicats patronaux ou les chambres consulaires. On en conclut qu’il s’agirait d’une administration nouvelle à financer par une taxe supplémentaire.

Une lacune dans ce rapport est l’absence du guichet unique pour les jeunes candidats à l’apprentissage. L’instance de pilotage pourrait bien s’en charger, mais cela n’est précisé nulle part. Aujourd’hui, les jeunes s’adressent au restaurant de leur choix, mais avec des critères qui sont le plus souvent très éloignés des objectifs d’une formation de qualité. Et l’on voit des apprentis dans des pizzerias ou des restaurants d’assemblage, alors que nombre de professionnels de qualité ne trouvent pas d’apprentis car ils sont à quelques kilomètres de la ville. Après un entretien avec le candidat à l’apprentissage, ce guichet pourrait le diriger vers l’un ou l’autre des restaurants suivant son profil, mais avec un objectif pédagogique avant tout. Cela éviterait bien des ruptures ! Je m’en étonne d’autant plus que sur le site ‘l’hotellerie.fr’ en date du 18 mai, je lisais que Régis Marcon  militait,  auprès du gouvernement, pour que seuls les maîtres-restaurateurs puissent à l’avenir former les jeunes dans les entreprises. Vœux pieux qui nous amèneraient bien loin de l’objectif  des vingt ou trente mille contrats d’apprentissage en restauration !

Un excellent travail remis au ministre le 17 février 2010, cela va bientôt faire quatre mois.  Espérons qu’il soit encore sur le bureau de monsieur Novelli, car il y a tellement de tiroirs dans ces fichus ministères que le risque de le perdre est grand ! Le prochain président de l’UMIH serait bien inspiré également de l’avoir sur sa table de chevet. Comme conclut Régis Marcon : « J’y crois parce que cela ne dépend que de nous ! »

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À propos de archestratos

le blog d'un aubergiste, c'est à dire hôtelier, restaurateur et cuisinier de la france profonde. Syndicaliste, humaniste, democrate
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4 réponses à Que va devenir le rapport Marcon ?

  1. Mamouchka dit :

    Pour la difficulté de mesurer la qualité de l’enseignement et le suivi par les région des fonds qu’elles y consacrent, de nombreux rapports de chambres régionales en attestent.

    Quant à l’UMIH : de quel organisme s’agit-il ? Y-a-t-il à voir avec un syndicat dont la présidente, contestée, se fait livrer des paniers repas par la fenêtre de son bureau ?

    Mamouchka.

  2. archestratos dit :

    Merci Mamoucka de lire mes billets avec attention.

    Oui l’UMIH l’Union des Métiers de l’Industrie Hôteliere est ce syndicat dont la Présidente a defrayé la chronique il y a quelques semaines.
    J’en suis un elu localement et si vous lisez quelques un des billets dans la rubrique vie syndicale vous en saurez plus. J’ai cependant maintenant renoncé à ecrire sur la vie de l’umih tant que la pacification ne sera pas intervenue.

  3. roux dit :

    Je rappelle simplement que le Bac pro 3 ans en restauration comprend une certification intermédiaire non obligatoire qui ce trouve être le BEP MRH !!!
    M.Roux

    PS :il faudrait aussi que la profession se remette en question plus souvent et regarde se qui se passe autour de son nombril. Les apprentis sont aujourd’hui du 21ème siècle et non des contemporains d’Auguste !!!
    Ouvrons nos métiers intelligemment…j’ai vu des horaires d’apprentis de 48 / 49 heures semaine, les heures n’étant bien-sur pas payées, pour un travail pourtant réalisé.
    Commençons donc par balayer devant notre porte. NON ?
    Respecter l’humain que nous avons devant nous avant de regarder son compte en banque et de pleurer devant la feuille d’impôts.

  4. le xav dit :

    Le probléme de ce métier est très simple, payez TOUTES LES HEURES FAITES PAR LES APPRENTIS OU LES SALARIES !!!!
    Je suis issu de l’apprentissage mais je suis retourné en formation initiale. En lycée professionnel j’ai trouvé de formidables enseignants passionnés et motivés. De plus en pédagogie rien à voir avec l’apprentissage….laissez les patrons former uniquement les apprentis serait une catastrophe pour le métier et pour les futurs citoyens. Avec une fuite des futurs salariès. Ca serait bien aussi de moins harceler ses employés et de les PAYER DECEMENT !!!!!!!!!!!

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