A las cinco de la tarde…

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« ¡Ay, qué terribles cinco de la tarde! ». Ainsi Federico Garcia Lorca spécifiait-il ce moment impressionnant où la corrida va commencer. Comme de très nombreux espagnols, il était aficionado. « La corrida est l’art le plus cultivé du monde » déclarait celui qui est reconnu comme un des poètes majeurs de son époque. Picasso partageait la même passion. Bien qu’il sublime souvent la gestuelle des arènes, on peut cependant noter, dans le tableau intitulé « La mort du torero », la ressemblance troublante entre ce cheval éventré et celui du tragique Guernica, avec la couleur en moins. Est-ce fascination esthétique ou perverse pour un spectacle où se confrontent la force virile, la sensualité et la mort, ou est-ce enfin l’atavisme ibérique ? De Dax à Séville et des fêtes de Pâques à la Toussaint, ces questions continueront de diviser les opinions tant que le poil noir et luisant des taureaux de combat sera auréolé de pourpre.

Dans le journal Sud-Ouest, je remarque, à coté des chroniques finement ciselées de Zocato vantant le talent d’Enrique Ponse ou de José Tomas, les comptes-rendus de plus en plus nombreux des actions des « anti-corridas ». Bien que le spectacle taurin me laisse indifférent, je m’étonne toujours que des gens mobilisent leur énergie militante en ce seul combat. Pour les mêmes raisons que je ne regarde pas le football (je préfère le rugby), ou que je n’écoute pas de musique contemporaine, je ne vais pas aux arènes : cela ne me procure pas d’émotions. Je ne conteste en rien toutefois la valeur que peuvent avoir ces spectacles pour d’autres.

Bien sûr, me direz-vous, cela n’est pas du même ordre ; c’est au nom de la défense des animaux que les opposants s’agitent. Je l’ai parfaitement compris et je condamne, au nom de ma propre philosophie, ces sacrifices venus du fond des âges. En effet je considère que, du lombric au cheval, en passant par mon chien, – et la colonie de puces qu’il héberge parfois, tous les êtres vivants, y compris moi-même, sont composés de la même essence totalement matérielle. Tous sont à des degrés d’évolution différents, et l’homme est certainement en haut de l’échelle. Mais a un niveau d’orgueil tel que  à travers ses religions, il a décrété que lui seul avait une âme ! Quelle fatuité ! Les François d’Assise n’ont pas été légion et l’église a considéré que faute de langage pour l’exprimer, les animaux ne réfléchissaient pas, et n’éprouvaient ni sentiments, ni souffrances. Ce n’est pas un hasard si la corrida est née dans ce pays ou le catholicisme s’est imposé dans le sang et s’est exprimé avec le plus de radicalité. Et cette radicalité s’exprime au travers des couleurs omniprésentes de la culture et des mœurs ibériques. Rouge sang de la muleta, de la bannière espagnole et des larmes des piétas d’une religion qui a institué la douleur en valeur suprême. Jaune du sable des arènes, de l’or des habits de lumière des matadors. Habits de cérémonie ressemblant étrangement aux habits sacerdotaux et aux retables des chapelles où toujours ils se prosternent avant d’affronter la bête. Jaune, de nouveau, de l’emblème du royaume espagnol. Que de rapports complexes dans ce pays que j’aime pourtant. Il n’est pas étonnant que ce soit l’hérétique catalogne qui vienne d’interdire la corrida.

Si le combat des antis est d’abattre ce symbole de la domination gratuite de l’animal par l’homme, je pourrais être d’accord avec eux. Mais c’est au nom de la défense même des animaux qu’ils le mènent. Interdire les corridas aurait pour première conséquence la disparition totale de la race bovine la plus heureuse d’Europe. Car ils vivent en liberté dans des espaces immenses d’Andalousie ou d’Extremadura, à l’ombre des chêne-lièges qu’ils ne quittent pas avant quatre ou cinq ans. Ils connaissent l’arène ou ils sont admirés pour leur noblesse et leur bravoure, tout au plus vingt minutes avant de périr par l’épée dans le cœur. Leurs  collègues de Charolais ou Salers étant abattus à trente six mois, il n’est pas sûr qu’ils envient la violence des chaînes d’abattage.

La radicalité n’est donc pas bonne en toutes choses, et je conseillerais à ces militants courageux et enthousiastes de mener d’autres combats que je soutiendrai. Qui n’a vu de sa vie une vraie basse-cour ne peut bien comprendre le sort atroce fait aux animaux élevés en batterie.

Quelques souvenirs d’enfance… Les poules, qui s’indignent bruyamment à l’approche d’un chat, s’effrayent collectivement, ou accourent en piaillant à l’apparition de la fermière et son seau de maïs. Les cochons, qui se roulent dans la boue, puis sont tour à tour curieux ou joueurs… Mais hélas, l’agriculture intensive les a emprisonnés entre quatre murs. Ils sont serrés et malades ; on ne dit même plus malheureux, car on leur nie, comme il y a trois cent ans, toute idée de bonheur. Ce sont des machines à pondre ou à fournir de la viande. Là se dessine un combat qui ne concerne pas quelques milliers de taureaux morts dans la lumière des fins d’après-midi d’étés, mais des millions d’êtres stressés sous les néons de nos usines à malbouffe. Nos combattants de la cause animale seraient-ils végétariens ? C’est une pratique que je respecte. Il est bien évident que nous consommons trop de protéines animales, mais si être végétarien devenait la règle, les poules et les dindons rejoindraient les taureaux de combat, castrés bien évidemment, dans les zoos.

Vous m’avez lu jusqu’au bout… voici un petit cadeau: quelques vers de la complainte composée par Garcia Lorca pour Ignacio Sánchez Mejías, – son ami torero tué dans l’arène.

Tardara mucho tiempo en nacer, si es que nace,

Un andaluz tan claro, tan rico de aventura.

Yo canto su elegancia con palabras que gimen,

Y recuerdo une brisa triste por los olivos

 

          Il faudra longtemps avant que ne naisse, s’il naît jamais

          Un Andalou si clair, si riche d’aventures.

          Je chante son élégance avec des paroles qui gémissent

          Et je me souviens d’une brise triste dans les oliviers)

 

 

 

 

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À propos de archestratos

le blog d'un aubergiste, c'est à dire hôtelier, restaurateur et cuisinier de la france profonde. Syndicaliste, humaniste, democrate
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7 réponses à A las cinco de la tarde…

  1. Mamouchka dit :

    ¡Y a las seis se mata el toro !
    Pero, cuando se mata el matador ¿el toro receve las orejas ?

    Los toros que se utilisa para la corrida no se comen : contienen mas antibioticos y hormonas ¡ se necesitan de ser mas peligrosos al hombre !
    Pero, los toros negros son muy elegantes en las canpañas y ¡ viven !

    Concedeme perdón : ¡No me recuerdo como se habla bién la idioma española !

    Mamouchka.

  2. archestratos dit :

    Mamouchka

    bravo pour l’effort d’écrire en espagnol et merci pour votre fidelité à me lire.
    cependant vous faite erreur: les toros de corrida se mangent. Voir ce lien:
    http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2010/07/25/la-reconquete-toque-au-pesque,148110.php

    l’article ne dit pas s’ils sont hormonés

    l’aubergiste

  3. Mamouchka dit :

    Merci pour vos précisions.
    Pour l’aspect « médicamenteux », j’ai eu l’information dans un reportage TV, il y a quelques étés de cela.

    Mamouchka.

  4. Renelde dit :

    Mme Geneviève Gaillard attire l’attention de M. le ministre de l’agriculture et de la pêche
    sur une situation scandaleuse dont un hebdomadaire national s’est fait l’écho durant l’été,
    sous le titre éloquent suivant « les rois de l’arène finissent dans l’assiette », à savoir la
    réinjection dans le circuit marchand classique de la viande des taureaux de corrida à l’insu
    des consommateurs. Outre le fait que cette valorisation marchande soutient la corrida
    grâce à la caution bien involontaire de consommateurs tenus dans l’ignorance, ce qui n’est
    déjà pas neutre puisqu’en effet aucune mention ou étiquetage n’informe de la provenance
    spécifique de cette viande, elle s’émeut de la dimension sanitaire de cette aberration qui
    profite illégitimement de la réglementation sur l’abattage d’urgence. Illégitimement car
    cette réglementation vise les animaux accidentés ; de là à fonder une extrapolation aux
    taureaux de corrida … qui peut certes s’apparenter à une boucherie mais certainement pas
    à un accident, il y avait pourtant un pas énorme ! Elle souligne la contradiction flagrante
    entre cette extrapolation douteuse et la réglementation très stricte résultant de l’article 31
    de l’arrêté du 17 mars 1992 qui dispose que sont impropres à la consommation humaine «
    les viandes provenant d’animaux qui présentaient de multiples (…) blessures graves, (…)
    les parties de carcasses présentant des infiltrations séreuses ou hémorragiques
    importantes, des abcès localisés ou des souillures localisées, les viandes présentant de
    graves anomalies en ce qui concerne la couleur, l’odeur, la consistance et la saveur. » Or les
    taureaux de corridas subissent de nombreuses intrusions mécaniques (piques, banderilles,
    épées, descabello puis puntilla) de nature à créer une bactérémie ante mortem pouvant
    contaminer la carcasse. Au surplus, de nombreuses études ont démontré l’altération de la
    viande issue de taureaux de corridas, l’absence de réserves glucidiques entraînent une
    évolution post mortem du muscle qui se traduit notamment par un Ph anormal, par une
    couleur sombre des tissus musculaires ou par une augmentation du pouvoir de rétention
    d’eau du muscle lui donnant un aspect collant… Alors qu’il faudrait donc de toute
    évidence supprimer la largesse qui permet, à la faveur d’une interprétation abusive, de
    réintégrer cette viande dans la chaîne alimentaire, il semble qu’un projet de décret
    modifiant la partie réglementaire du code rural envisage de maintenir cette possibilité en
    vertu des articles R. 231-5 et R. 231-6 du nouveau code… En conséquence, elle le sollicite
    aux fins de savoir si cette dernière information est exacte et, au-delà, s’il entend faire
    triompher le bon sens et protéger, tout à la fois, la santé et la liberté d’information puis
    d’opinion des consommateurs en interdisant la commercialisation de la viande de
    taureaux de corridas.

  5. Renelde dit :

    abattu avec un coup d’épée dans le coeur.???
    ou ça.
    rare est le cas, le score le plus vil, et le plus récent, a été 7 fois, il y a eu des scores plus élevés encore.
    quand a piccasso, c’etait un idiot, fut il un grand peintre
    on peut etre une personne respecter par les autres et souffrir de pathologies graves.
    les toréros aime le toro? oui, comme les pédophiles
    aiment les enfants.

  6. archestratos dit :

    Renelde
    Vos arguments sont un peu légers! des idiots il doit y en avoir aussi dans les manifs anti corrida et des génis peut etre aussi comme dans les arénes. Pourquoi ne repondez vous plutot pas à ma question sur l’elevage en batterie?

  7. Renelde dit :

    pour la simple raison, que je mange ce que j’éléve moi meme. et vous ???

Les commentaires sont fermés.